un entretien avec Quentin Jossen

  • Octobre 9, 2020

CLIMACT est un bureau-conseil qui aide les organisations et les pouvoirs publics à réduire leur impact sur le climat, tout en gardant à l’esprit la réalisation d’une société sans carbone durable d’ici 2050. BE-REEL ! s’est entretenu avec Quentin Jossen : ingénieur chez CLIMACT et l’un des fondateurs de la stratégie de rénovation à long terme (SRLT) wallonne.

jossenQuentin Jossen est Senior consultant chez CLIMACT depuis 5 ans déjà. Après son master en sciences de l’ingénieur électrotechnique à l’ULB, il a travaillé pendant 4 ans comme professeur-assistant. Il a ensuite occupé le poste d’analyste quantitatif chez Restore avant de se mettre en quête d’un emploi qui lui permettrait d’avoir un impact plus important et de collaborer avec davantage de personnes. Une opportunité qu’il a trouvée chez CLIMACT. Quentin a un vif intérêt pour les autres cultures et apprécie d’explorer le monde à vélo. Il joue de la batterie et fait également du sport pendant ses loisirs.

Quels projets vous occupent actuellement ?

Ma fonction actuelle se résume à conseiller les pouvoirs publics et à intervenir comme innovateur et facilitateur de marché. Pour la partie consultative, j’ai récemment actualisé la SRLT tant pour la Flandre que pour la Wallonie. J’assiste l’Agence flamande de l’Énergie dans la surveillance de l’impact socioéconomique de BE-REEL ! Je travaille aussi sur plusieurs études pour d’autres pouvoirs publics. 

En tant que facilitateur de marché, j’essaie surtout de combler les lacunes. J’examine ce qui bloque le marché et les solutions structurelles qui me permettront d’accélérer le projet. Concrètement, je me charge d’une part d’une plateforme de rénovation locale à Ottignies-Louvain-la-Neuve en collaboration avec les autorités locales. J’essaie d’aider les citoyens en facilitant leur parcours client, en soutenant une relation fiable entre les citoyens et les professionnels et en offrant un soutien financier et technique. Cette démarche garantit des projets intéressants et une visibilité pour les professionnels. D’autre part, j’essaie d’accélérer la rénovation de bâtiments scolaires en mobilisant tant des écoles que des professionnels lors d’appels d’offres. Nous avons besoin de solutions innovantes, cela représente donc au mieux un investissement pour eux.

CLIMACT

Qu’est-ce que CLIMACT et comment est-elle structurée ?

“CLIMACT est une organisation qui encourage les pouvoirs publics et d’autres organisations à prendre des mesures contre le changement climatique. Nous travaillons avec une équipe de 20 personnes, essentiellement des ingénieurs, des économistes et des juristes, réparties dans trois services : conseils stratégiques, assistance juridique et réglementaire, et développement de projets. Nous disposons en interne de spécialistes de différents thèmes qui prennent l’initiative dans de tels projets avec le soutien de collègues. Je suis l’un de ces spécialistes en matière de bâtiments."

Quels résultats/produits concrets CLIMACT a-t-elle déjà réalisés ? 

“Nous avons rédigé des rapports pour des ONG telles que la Fondation européenne pour le climat (FEC) et le World Wide Fund for Nature (WWF). Il y a ensuite, tant au niveau belge qu’européen, nos outils de calcul qui permettent de déterminer l’impact de différents scénarios pour une Belgique (ou Europe) sans carbone d’ici 2050. Cet outil de calcul inclut tous les leviers technologiques et comportementaux qui vous permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Vous visualisez ensuite l’impact de votre propre parcours grâce à quatre niveaux d’ambition. Je suis donc moi-même impliqué dans la SRLT de la Wallonie que j’ai élaborée avec des collègues. Pour la SRLT flamande, j’ai collaboré avec l’Agence flamande de l’Énergie.

Instaurez un prix sur le carbone.

Vous collaborez également avec BE REEL ! Qu’implique exactement cette collaboration ?

“Nous analysons d’une part l’impact socioéconomique des actions BE REEL ! et d’autre part les principaux facteurs de réussite pour extrapoler et répliquer. Ensuite, nous collectons, structurons et analysons les données. Le grand avantage de notre collaboration se situe surtout dans l’interaction qui se crée - non seulement dans le cadre de stratégies de rénovation régionales, mais aussi au niveau européen. Nous les alimentons de nos connaissances sur les meilleures pratiques et le contexte, les objectifs et l’agenda de coordination européens. BE REEL ! renforce nos réflexions au niveau supérieur en nous informant sur les meilleures pratiques et expériences belges sur le terrain. ”

QUESTIONS OPINIONS

Supposition : en tant que décideur politique, vous pouvez modifier/créer une seule mesure politique pour vous aider à atteindre vos objectifs. Laquelle choisissez-vous ? Pourquoi ? (Vous pouvez choisir vous-même le niveau politique)

“Dans ce cas, j’opte pour un prix sur le carbone au niveau mondial. Nous devons faire comprendre clairement aux citoyens que ce n’est pas seulement un coût supplémentaire, mais un signal. Certaines solutions impliquent des coûts externes que d’autres solutions alternatives ne produisent pas. Cela peut simplement être pris en compte dans le prix. Le principe du pollueur-payeur peut aider à financer des solutions alternatives. L’Irlande développe un exemple de projet inspirant dans lequel les recettes réalisées grâce au prix sur le carbone sont utilisées pour financer les bâtiments enregistrant les plus mauvaises performances. Si vous avez un problème de santé et si un médecin constate qu’il est dû au mauvais état de votre maison, il signera un document qui oblige l’état à approuver votre rénovation pour ce projet.

Pourquoi ne pas choisir des fournisseurs qui contribuent aux solutions climatiques?

Pour le secteur du bâtiment en particulier, j’introduirais des exigences minimales obligatoires. Les objectifs de la SRLT sont désormais fixés sur 2050, mais qu’en est-il des années antérieures ? Nous avons besoin d’objectifs intermédiaires contraignants qui imposent un degré de rénovation. Par exemple, d’ici 2030, aucun logement ne peut avoir un label F. Pour l’instant, je trouve que tout est un peu trop laissé à l’appréciation générale. »

Que pensez-vous des déclarations suivantes? "Le plus grand potentiel d’économie de CO2 consiste en la rénovation énergétique de notre parc de logements."

"Vu la part des bâtiments dans le paysage de CO2, des actions dans le secteur de la rénovation joueront résolument un rôle dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais que veut dire 'potentiel' finalement? Pour être clairs, nous devons oser regarder au-delà des discussions sur l’efficacité des coûts avec une portée trop limitée. Chaque euro que vous investissez intelligemment dans la rénovation énergétique vous rapporte cinq euros en avantages sociaux. Je pense à cet égard à la santé, aux emplois et à l’impact évité du changement climatique. Contrairement à d’autres secteurs, il existe déjà aujourd’hui des solutions technologiques pour une rénovation énergétique intelligente. Même lorsque vous voulez encore innover davantage pour comprimer les coûts ou augmenter la qualité. Les barrières sont, selon moi, surtout de nature politique."

"Les combustibles fossiles doivent disparaître."

"Chaque tonne de CO2 représente un coût de 1 200 € pour nos petits-enfants. Gardant cela à l’esprit, voici la question que nous devons nous poser : nous soucions-nous des générations suivantes ? En ce qui me concerne, je préférerais habiter avec mes filles dans une ville où l’air est propre et la qualité de l’habitat bonne. Selon moi, avec le niveau d’ambition actuel de fournir des actions concrètes et ambitieuses, nous n’allons pas nous maintenir sous le niveau de réchauffement de 2 %. Mais bon, ce serait toutefois bien de pouvoir profiter des nombreux avantages à court terme des mesures exigées pour une société sans carbone."

"Comme si je pouvais moi, en tant qu’individu, résoudre le problème climatique."

"Je pense même que sa résolution commence au niveau individuel. Il y a tant de petites actions, en définitive des décisions, qui vous permettent d’avoir un impact en tant qu’individu et qui ne compromettent en rien votre confort. La banque auprès de laquelle vous déposez votre épargne par exemple. L’argent que vous mettez sur votre compte bancaire est utilisé pour financer les projets de cette banque. Des banques comme NewB ou Triodos l’investissent dans des projets durables. De même, quel type d’électricité est-ce que j’achète ? C’est pareil. Quel que soit le fournisseur que vous choisissez, vous aurez la même lumière, donc pourquoi ne pas choisir des fournisseurs qui contribuent aux solutions climatiques? 

Voilà autant de questions qu’un individu peut se poser. Des mesures de coordination sont bien entendu nécessaires pour faciliter ces actions individuelles tout comme l’infrastructure adéquate et des solutions financières ainsi que des signaux clairs de décideurs politiques."
 

Je vous remercie pour cet entretien!

Plus d'informations sur CLIMACT sur leur site web. (en anglais)