un entretien avec Charlotte van de Water

  • décembre 16, 2020

Agoria, la fédération des entreprises technologiques, offre aux organisations de différents secteurs des solutions en matière, notamment, de législation ou de numérisation. Avec presque 2 000 membres, Agoria est un maillon significatif du secteur de la rénovation notamment. BE-REEL! a donc décidé de s’entretenir avec leur spécialiste en politique énergétique et climatique pour les bâtiments, Charlotte van de Water.

Charlotte van de WaterD’origine néerlandaise, Charlotte van de Water a étudié l’architecture à l’université technique de Delft avant de rejoindre l’université d’Utrecht pour étudier la géographie sociale et la planologie. Charlotte a débuté sa carrière en tant que collaboratrice d’aide à la décision au sein du service environnement chez DCMR Rijnmond à Rotterdam. Elle déménage ensuite à Bruxelles pour travailler chez Arcadis en tant que consultante en études politiques européennes. Depuis 2017, elle occupe la fonction d’experte en politique énergétique et climatique pour les bâtiments. Elle aime faire de grands voyages en train lors desquels elle visite de nombreuses villes ou rend visite à des amis. 

Qu’implique exactement cette fonction ?

“ Je m’occupe de tout ce qui concerne la politique climatique ayant un impact sur les bâtiments. Pour faire simple, j'aide les décideurs politiques à réaliser un parc de bâtiments climatiquement neutres. Cela va du PEB et de la rénovation à l’Ecodesign (= réglementation produit pour la technologie des bâtiments climatiquement neutres) et à la normalisation. Je suis gestionnaire du projet construction climatiquement neutre qui vise à réaliser un parc de bâtiments neutres sur le plan climatique en Belgique. En d’autres termes, je trace la voie à suivre et j’essaie d’appliquer cette stratégie avec des collègues. ”

AGORIA

Quelle est la mission d’AGORIA ?

“ Notre mission ? Améliorer la qualité de vie. Nous sommes en fait le moteur qui relie les entreprises et les organisations actives dans le secteur de la technologie. Bon nombre d’entre elles sont orientées IT, mais d’autres sont également actives dans le secteur de l’industrie manufacturière – des entreprises qui fabriquent des produits qui ont besoin de technologie comme des protections solaires et des installations techniques de construction – et des secteurs tels que le transport, l’énergie et l’environnement. 

La rénovation peut contribuer à la reconstruction après la COVID19. 

Agoria emploie pas moins de 230 collaborateurs. Pour faire simple, on pourrait dire qu’en matière de prestation de service, certains collègues s’occupent de questions des membres et d’autres de la recherche et du façonnement du débat social. Nous sommes finalement une organisation relativement horizontale et orientée projet. Nous définissons un objectif comme la réalisation d’un parc de bâtiments neutre sur le plan du climat, définissons une stratégie reprenant les activités nécessaires, analysons ce que nous pouvons trouver nous-mêmes et déterminons les études supplémentaires qui sont nécessaires dans ce cadre. Nous travaillons pour cela avec des collègues qui ont différents profils. Dès lors, en parallèle à la prestation de service, nous avons également des équipes chargées des affaires juridiques, des activités opérationnelles, de la communication et des ventes. Depuis peu, nous disposons également de notre propre centre d’études. ”

Pourriez-vous citer quelques projets concrets d’Agoria afin que nous puissions avoir une idée globale de ses activités?

“ La numérisation risque de faire disparaître de nombreux emplois qui ne seront pas toujours remplacés. Dans le cadre du projet “ Be The change ” nous misons sur l’avenir du marché de l’emploi. Le projet “ Factory of the future ” répond aux atouts de l’industrie manufacturière et “ DigiCoach ” à la poursuite de la numérisation des personnes et des organisations. Autre point intéressant à mentionner : Agoria est le sponsor principal de l’équipe belge qui a remporté le Solar Challenge en Australie. Je n’étais pas directement concernée, mais j’ai trouvé cela amusant de pouvoir battre ma ville de Delft, qui le remportait année après année. (rire). ”

Comment voyez-vous votre relation avec BE-REEL!?

“ Lors d'un salon, j’avais rencontré l’un de vos collègues qui m’avait suggéré de discuter à l’occasion d’une collaboration éventuelle. J’y vois un échange gagnant-gagnant. Le principal avantage réside dans l’échange de connaissances au sujet de stratégies de rénovation globales et de groupes cibles. Ce que BE-REEL! peut représenter pour nous, c’est un partage de connaissances concernant des exemples de projets qui se déroulent dans vos villes partenaires. Cela montre des similitudes avec ce que nous voulons mettre en place et nous sommes particulièrement curieux de le découvrir. ”

QUESTIONS D’OPINION

Supposition : en tant que décideur politique, vous pouvez modifier/créer une seule mesure politique pour vous aider à atteindre vos objectifs. Laquelle choisissez-vous ? Pourquoi ? (Vous pouvez choisir vous-même le niveau politique)

“ Je commencerais par élargir l’offre de logements neutres d’un point de vue climatique en intervenant au niveau des logements sociaux, même si je dois bien avouer que nous sommes sur la bonne voie à ce niveau. Le plan de relance prévoit un budget pour réaliser ce point. Deuxièmement, je donnerais les financements et outils nécessaires aux personnes qui veulent rénover. À cet effet, on peut notamment élargir la capacité d’emprunt et, en tant qu’autorité, assumer une partie du risque à ce niveau. En tant que nouveau propriétaire, vous avez plus de possibilités parce que vous souscrivez un nouveau crédit. Mais lorsque vous avez déjà une maison, votre hypothèque est évidemment calculée sur cette base. Résultat : moins de possibilités au niveau de l’emprunt parce que cela représente un risque plus important pour les banques. Le gouvernement pourrait se porter garant dans ce cas de manière à ce que la durée d’emprunt et probablement aussi le montant puissent être élargis et que les citoyens puissent rénover leur maison en une seule fois et non en plusieurs étapes. Ce serait plus intéressant. ” 

Une étude récente d’Agoria évoque une barrière financière à la rénovation. Pourriez-vous expliquer brièvement cette étude ?

“ Nous avons demandé au professeur Johan Albrecht de l’Université de Gand de créer un modèle économique qui reprendrait aussi bien les caractéristiques techniques du bâtiment que les caractéristiques socioéconomiques du propriétaire. En effet, notre théorie était qu’il fallait distinguer plusieurs groupes cibles et qu’il est possible d’accroître l’impact de la politique en tenant compte des différentes caractéristiques par groupe cible. Il a distingué deux groupes cibles dans les propriétaires actuels : ceux qui disposent d’un budget suffisant et ceux qui n’ont pas les moyens suffisants. Ces groupes présentent environ la même taille. Dès lors, nous en étions arrivés à la conclusion qu’il y a 3 facteurs clés pour une stratégie efficace de la rénovation : d’abord une approche orientée groupe cible, ensuite miser sur la neutralité climatique en tant qu’élément de confort et enfin, récompenser le choix du logement climatiquement neutre.

Miser sur la neutralité climatique augmente aussi le confort .

Cette étude n’avait pas pour but de statuer sur la faisabilité du projet, mais bien de chercher une autre manière d’aborder un problème. Si vous continuez à dire à des personnes qui n’ont pas de budget qu’elles doivent rénover sans les y aider, le résultat sera assez décevant. Vous devez adapter votre politique en fonction de votre objectif. Si vos mesures politiques répondent correctement aux besoins d’un groupe spécifique, les chances de rénovation augmentent.”

Comment récompenseriez-vous alors les habitations climatiquement neutres  ?

“ Vous pouvez prévoir un cadre fiscal ou des primes financières supplémentaires, mais le confort peut lui aussi être une récompense. Tout ne tourne pas toujours autour de l’argent. Si les propriétaires tirent aussi profit de cette rénovation, ils sont prêts à faire l’investissement. Nous constatons aussi que si les propriétaires disposent d’un budget suffisant, ils rénovent uniquement pour améliorer leur confort et nous devons les sensibiliser au fait que miser sur la neutralité climatique peut également y contribuer.”

À propos de quelle hypothèse/quel thème axé sur la rénovation énergétique aimeriez-vous voir une étude ou une mesure concrète et pourquoi ?

“ Je pense que le marché locatif social et privé jouera un grand rôle dans la mise en route de la transition. Vous devez faire en sorte que ce marché locatif propose une alternative pour un logement climatiquement neutre. Voilà pourquoi je trouverais intéressant de connaître le nombre de logements locatifs sociaux et privés nécessaires à l’avenir. ”

La rénovation énergétique s’inscrit bien entendu dans l’objectif climatique essentiel qui consiste à réduire les émissions de CO2. D’autres secteurs y sont également impliqués. Lesquels ne pouvons-nous pas perdre de vue dans ce cadre ?

“ La mobilité et l’énergie sont deux secteurs auxquels je pense spontanément. Pour les bâtiments, le secteur de l’énergie est essentiel, parce qu’il définit le cadre de l’énergie disponible pour le chauffage et le refroidissement ce qui indique indirectement dans quelle mesure nous devons réduire leur utilisation, mais surtout la rendre plus efficace. Je pense que si ce secteur reste à la traîne ou donne une image incertaine, nous devrons faire des choix politiques plus difficiles dans le secteur des bâtiments. Des mesures mises en place dans d’autres secteurs peuvent bien entendu contribuer à la neutralité climatique. L’innovation technologique en est une, mais elle fait en fin de compte partie intégrante du quotidien de nos membres. Un virage fiscal des énergies fossiles vers les énergies renouvelables apporterait déjà une aide précieuse. Disons, récompenser les utilisateurs d’énergie renouvelable. ”

Comment voyez-vous le futur du secteur belge de la rénovation ? Où en sera-t-il dans 5 ans à votre avis ?

“ Nous nous trouvons bien entendu dans une situation inédite avec la COVID19, mais je pense que la rénovation peut ici contribuer à mettre en marche la reconstruction. Elle a plusieurs avantages : vous réduisez les émissions de CO2 et vous atteignez votre objectif sociétal, vous donnez une impulsion à la relance dans le secteur du bâtiment, vous augmentez la qualité de vie et le confort, ce qui est devenu essentiel avec le télétravail, et elle augmente la valeur du parc de bâtiments à long terme. À l’heure actuelle, il est même particulièrement intéressant d’investir dans la rénovation.
Je crois que l’avenir proche s'annonce bien. Je pense qu’en 5 ans, nous pouvons atteindre les 15 % d’habitations avec un label A et que nous devrions poursuivre cette tendance jusqu’en 2030. Il faut veiller à ce que l’offre continue à grandir et que le climatiquement neutre devienne un bien commun dans notre société. 

Je vous remercie de cet entretien !

Vous trouverez plus d’informations à propos d’AGORIA sur son site web..